12/04/2022 - Hélène de Reforest'Action

Dans la vallée de Sundays River, C4 EcoSolutions et AfriCarbone poursuivent leurs efforts en matière de restauration d’écosystèmes, à travers un projet d’ampleur financé par Reforest’Action depuis 2021. De nombreuses parties prenantes sont désormais impliquées dans cette démarche de reforestation, restauration et conservation visant à régénérer les écosystèmes et à protéger les essences endémiques de la région.
Dr Anthony Mills est le président de C4 EcoSolution et professeur émérite d’écologie des sols à l’Université de Stellenbosh, en Afrique du Sud. Selon lui, l’introduction d’essences indigènes et la mise en place de techniques de gestion durable des sols, peuvent permettre de combattre efficacement les phénomènes d’érosion.
Lutter contre le dérèglement climatique
« Je ne pense pas que les médias comme les populations aient saisi l’ampleur des dégâts environnementaux au sein de l’Eastern Cape. La région était autrefois peuplée d’une multitude de forêts denses et magnifiques. Aujourd’hui, ces zones sont tellement dégradées qu’elles ont été réduites à l’état de désert de pierres, où seules quelques poignées de plantes demeurent », explique Anthony Mills.

Sur le terrain, les techniques sont affinées chaque jour par les porteurs de projet et leurs équipes, afin d’optimiser les travaux entrepris pour restaurer les propriétés écologiques des sols de manière aussi efficace que possible. « Nous nous rendons sur place chaque jour pour collecter des données et formuler de nouvelles hypothèses sur le fonctionnement des écosystèmes. À notre sens, il ne peut y avoir de restauration à l’échelle globale sans appui scientifique ».
Le pourpier en arbre, une essence précieuse

Les conditions climatiques au sein de cette vallée sont loin de faciliter l'implantation des semis, d’autant plus que les sols dégradés peuvent atteindre 70°C entre décembre et mars. Toutefois, l’introduction d’essences indigènes telles que le pourpier en arbre permet aux sols de résister à ces conditions extrêmes. En effet, cette essence bénéficie grandement à la santé écologique des écosystèmes et joue un rôle majeur dans cette démarche de restauration.
« La particularité du pourpier en arbre tient aux effets positifs qu’il a sur les sols et les sources d’eau. Cette essence évite à l’eau de ruisseler et permet de contenir l’humidité dans les sols tout en apportant aux autres plantes des nutriments supplémentaires, ce qui leur permet de grandir plus vite au sein de la zone et ainsi de lutter plus efficacement contre le dérèglement climatique », explique Anthony Mills.
L’une des autres particularités du pourpier en arbre tient à sa capacité à pousser sur des zones montagneuses et pentues, telles que celles où le projet est actuellement mené. Cette plante succulente rend plus efficaces les efforts de restauration car elle peut s'enraciner et repousser à partir de boutures ou d'arbres existants, un atout majeur quand on connait l'ampleur du surpâturage par les chèvres qui participe à endommager le couvert boisé de la région.

Cette essence extraordinaire absorbe le carbone plus rapidement que n’importe quelle autre essence poussant dans des conditions climatiques similaires. « Au final, le pourpier en arbre aide les sols à se reformer rapidement grâce à l’ombre produite, en augmentant leur teneur en carbone organique ».
Travailler main dans la main avec les populations locales
Sur le terrain, les travailleurs engagés pour mener les travaux de plantation reçoivent une formation particulière. « La région d’Eastern Cape est l’une des plus pauvres du pays. Afin d’agir sur le plan social, nous formons les travailleurs aux techniques de suivi des activités de restauration et de collecte de données pour qu’ils puissent développer des connaissances spécifiques ».
Le projet entend aussi s’attaquer aux inégalités fondées sur le genre. En Afrique du Sud, elles sont largement basées sur les différences de salaires, les femmes gagnant en moyenne 30 % de moins que les hommes. « Nous sommes particulièrement soucieux de participer à la réduction de ces inégalités en divisant les équipes, ce qui nous permettra bientôt d’intégrer les femmes au sein des pépinières mais aussi de manière plus globale au sein des projets de restauration ».
Dessiner l’avenir de la restauration globale

Anthony et son équipe espèrent que les démarches entreprises dans la région participeront au développement de projets de restauration à l’échelle mondiale. « Même s’il y a des centaines de millions d’hectares à restaurer dans le monde, les projets demeurent, pour l’heure, épars. Il nous faut une vision commune qui nous permettrait de partager les leçons tirées des millions d’hectares de terrains déjà restaurés. Aujourd’hui, nous faisons face à un challenge de taille, que ce soit par l’étendue des surfaces à restaurer et par le court laps de temps dont nous disposons pour agir. Il nous faut plus de programmes lancés à l’échelle internationale, à l’image de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes. C’est notre seule chance pour éviter que les écosystèmes ne soient complètement dégradés d’ici 50 ans ».

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