22/11/2021 - Adeline de Reforest'Action

Si le bilan est mitigé sur certains points et que de nombreuses ONG dénoncent un manque d’ambition des Etats, cette COP est selon un vaste nombre de scientifiques et organisations, un pas en avant, même s’il reste bien du chemin à parcourir. Du point de vue des forêts, cette COP est même une belle avancée avec un engagement de près de 20 milliards de dollars pour lutter contre la déforestation et restaurer les forêts mondiales.
La déclaration de Glasgow sur les forêts : un engagement réaffirmé pour lutter contre la déforestation
Le premier résultat positif de la COP 26 reste la déclaration de Glasgow sur les forêts et le secteur des terres signée aujourd’hui par 141 pays(1) pour mettre fin à la déforestation et à la dégradation des terres d’ici 2030. Ensemble, ces pays représentent 90% du couvert forestier mondial, soit une superficie de près de 37 millions de km2.
Dans la déclaration de Glasgow, les pays signataires ont affirmé l'importance de toutes les forêts pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, s'adapter aux effets du changement climatique et maintenir des services écosystémiques sains. Ils ont convenu de "stopper et inverser la perte de forêts et la dégradation des terres d'ici à 2030, tout en assurant un développement durable et en promouvant une transformation rurale inclusive".
Le World Ressource Institut (WRI) a établi une projection des émissions évitées (par rapport à un scenario “business as usual”) si les engagements pris par les signataires de la déclaration de Glasgow étaient tenus dans leur intégralité. L’arrêt de la déforestation permettrait d’éviter 18,9 gigatonnes d'équivalent CO2, soit un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre dues au transport entre 2009 et 2018.

L'Avis de RA : Cet engagement à mettre fin à la déforestation et à la dégradation des terres n’est pas nouveau mais c’est un signal politique fort. Il reprend en effet la déclaration de New-York mise à jour en octobre 2021 faute, pour les parties prenantes signataires, d’avoir atteint les objectifs intermédiaires en 2020. Point positif, de nouveaux pays comme le Brésil ont signé la déclaration de Glasgow - alors qu’ils n’avaient pas rejoint la déclaration de New-York. Aujourd’hui l’ensemble des pays signataires à Glasgow couvre 90% de la forêt mondiale. Désormais, et même si cette déclaration est non contraignante, il est essentiel que cet engagement soit mis en œuvre afin d’adresser à la hauteur de l’urgence la crise jumelle du climat et de la biodiversité.
Des engagements financiers importants pour les forêts
Non moins important, en complément de la signature de cette déclaration, de nombreux pays et organisations ont pris des engagements financiers en faveur des forêts. Un total de 19,2 milliards de dollars répartis entre États et fonds privés ont été promis pour lutter contre la déforestation, protéger et restaurer les forêts.
Douze pays(2) ont annoncé le lancement du Global Forest Finance Pledge (GFFP) d’un montant de 12 milliards de dollars de financement climatique entre 2021 et 2025. Ces fonds serviront à financer des activités dans les pays en développement, notamment la restauration des terres dégradées, la lutte contre les incendies de forêt et la défense des droits des communautés autochtones (à hauteur de 1,7 Mds de dollars). A ce financement s’ajoute, un soutien particulier de 1,5 milliard de dollars pour les forêts du bassin du Congo.
Ces fonds viendront compléter aux 7,2 milliards de dollars de financements des secteurs privé et public.
L'avis de RA : L’engagement des acteurs privés et publics à hauteur de 20 milliards de dollars est une bonne chose et montre l’importance accordée par les deux secteurs aussi bien à la protection et la restauration des forêts, qu’à la lutte contre la déforestation et la défense des droits des populations autochtones. Toutefois, cette somme est encore loin d’être suffisante et reste par ailleurs au stade de promesses pour le moment qui doivent se concrétiser. En effet, selon le rapport publié par le PNUE, le World Economic Forum et ELD, les besoins d’investissement cumulés pour les boisements et reboisement entre 2021 et 2050 sont de près de 4700 milliards de dollars.
Le dialogue FACT renouvelé
Lancé en 2021, le dialogue FACT (Forest, Agriculture and Commodity Trade), co-présidé par le Royaume-Uni et l'Indonésie, rassemble 28 gouvernements des pays les plus consommateurs et producteurs de bœuf, soja, cacao et d’huile de palme. L’objectif de cette collaboration est de faire en sorte que ces biens puissent être commercialisés d'une manière qui renforce le développement socio-économique des pays producteurs tout en évitant la déforestation.
La nouvelle feuille de route FACT a été approuvée, lors de la COP, par 25 pays qui représentent 76 % (350 milliards de dollars) des exportations mondiales de soja, de palme, de cacao, de viande bovine et de cuir, de bois, de papier et de pâte à papier. Afin de mettre en œuvre cette feuille de route, le Royaume-Uni a annoncé un financement britannique d’un peu plus de 670 millions de dollars.
Parallèlement, dix entreprises, dont Cargill, Wilmar et Olam, qui gèrent plus de la moitié du commerce mondial des produits dits “à risque de déforestation”, se sont engagés à élaborer leur propre feuille de route d'ici à la COP27, afin d'accélérer les mesures visant à éliminer la déforestation liée à ces produits dans leur chaîne de valeur.
L'avis de RA : Cette nouvelle feuille de route FACT permet de mettre les pays en action pour lutter contre la déforestation. C’est une bonne initiative qui se distingue des précédentes par le ralliement de grands pays producteurs tels que le Brésil ou l’Indonésie et qui a le mérite d’intégrer les petits producteurs trop souvent oubliés dans nombre de résolutions.Toutefois, les engagements doivent être mieux formalisés et faire l’objet d’un suivi dans le temps afin de s’assurer de leur bonne mise en œuvre.
Les engagements climat des Etats : malgré l’amélioration des NDC, le chemin est encore long pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris
En 2015, l’Accord de Paris invitait l’ensemble des pays signataires à élaborer un plan national définissant une trajectoire de diminution de leurs émissions de gaz à effet de serre : les fameuses contributions nationales ou NDC. Ces NDC devaient être revues à la hausse au bout de 5 ans, soit pour la COP 26.
Suite à leur révision, l’ambition des NDC a été relevée ce qui est un pas positif même si les contributions restent insuffisantes pour s’inscrire dans une trajectoire de limitation de la température à 1,5°C d’ici la fin du siècle selon le PNUE. En effet, selon le PNUE qui a mis à jour son rapport d’évaluation, l’ensemble des NDC actualisées nous placerait sur une trajectoire à 2,7 °C à la fin du siècle par rapport à l’ère pré industrielle (avec une probabilité de 66 %) alors que l’évaluation sur les précédents plans climatiques de 2015, tablait plutôt sur une hausse de 3,2°C.
Toutefois, si on prend en compte également les promesses de neutralité carbone faites dans les NDC, c’est-à-dire que l’on ne regarde pas seulement les trajectoires des indispensables réductions d’émission de gaz à effet de serre mais aussi les prévisions d’absorption par la restauration de forêt ou la création de nouveaux boisements par exemple, alors, le réchauffement pourrait être limité à 2,1 °C en 2100.
En complément, la COP 26 a obtenu des Etats qu’ils revoient à la hausse leur NDC dès 2022 et non plus en 2025 comme cela avait été envisagé lors de la COP 21.
L'avis de RA : Même si les contributions soumises sont encore jugées insuffisantes (supérieures à 1,5°C d’ici 2100), les experts notent un rehaussement général de l’ambition. L’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C d’ici la fin du siècle doit malgré tout rester la priorité absolue pour maintenir l’habitabilité de la Terre à l’espèce humaine. Il est ainsi urgent que les États augmentent leurs efforts de réduction d'émissions de gaz à effet de serre ; et même si les puits de carbone sont une aide pour atteindre la neutralité carbone, ils ne doivent pas venir amoindrir les objectifs de réductions des émissions.

Les marchés carbone : un sujet crispant qui ouvre toutefois des perspectives
C’était l’un des derniers points techniques à négocier pour mettre en œuvre l’Accord de Paris. Parmi les points négociés durant la COP 26, figuraient le très débattu sujet des règles d’application de l’article 6. Depuis 2015, les négociations avaient été repoussées de COP en COP pour enfin aboutir à Glasgow sur un accord sur les marchés carbone et les approches non-marché.
L’objectif de l’article 6 est de régir le fonctionnement des échanges de quotas carbone via notamment la création de marchés. C’est un point particulièrement important car selon l’ONU, une majorité de pays ayant soumis leur NDC, envisage de recourir au marché carbone pour atteindre leurs objectifs de réduction d’émissions.
Après six ans de négociations, les Etats ont établi à Glasgow un cadre comptable solide et complet pour les marchés internationaux du carbone et différents mécanismes d’échanges et de certification des compensations carbone. Deux marchés carbone vont ainsi être créés : le premier ouvert uniquement aux États et le second ouvert aux secteurs public et privé. Ce dernier a un lien particulier avec les enjeux forestiers car il permettra, sous la supervision de l'ONU, d’échanger des crédits carbone pouvant prendre différentes formes dont la restauration forestière.
Concrètement, le principe de fonctionnement d'un marché carbone permettra à un pays ou une entreprise d’acheter des crédits carbone à un acteur excédentaire soit dans le but d’atteindre ses objectifs de réduction d’émissions soit pour améliorer son bilan carbone en visant un objectif de neutralité.
Le sujet des marchés carbone est un point d’inquiétude majeur pour un certain nombre d’acteurs internationaux. Ces inquiétudes portent particulièrement sur le fait que le secteur des terres (c’est-à-dire les forêts, les zones agricoles, les zones humides ou encore les prairies) a été intégré au marché. De fait, cela ouvre la voie à un recours potentiellement massif à la compensation carbone via des projets de reforestation. Pour rappel, la compensation carbone est une démarche visant à financer des projets permettant d'éviter des émissions de CO2 ou d'augmenter la séquestration du carbone (en plantant des arbres par exemple), dans l’objectif de contribuer à atteindre la neutralité carbone globale.
Un rapport d’Oxfam paru en août 2021 montre que les programmes de stockage du carbone prévus par les gouvernements et le secteur privé représentent déjà « au moins 1,6 milliard d’hectares de forêts, soit plus que la totalité des terres arables de la planète ».
L'avis de RA : Le marché carbone et par extension la compensation carbone, même s’ils sont imparfaits, vont être indispensables pour permettre aux différents pays d’atteindre leurs objectifs climatiques et notamment les objectifs de neutralité climatique en 2050. Ces solutions doivent être temporaires et permettre de tendre vers une bioéconomie circulaire,basée sur le vivant et non plus sur les énergies fossiles . Par ailleurs, il est nécessaire de rappeler que la réduction des émissions de GES à la source est toujours prioritaire et que la compensation ne doit venir qu’en complément d’actions de réduction, car sans cela les surfaces disponibles pour la compensation ne sauraient être suffisantes.
(1) : L'Indonésie, signataire de l’Accord, a toutefois commencé quelques jours après à revenir sur son engagement en indiquant que sa propre interprétation de la déclaration était de “réduire la déforestation plus que d’y mettre fin”.
(2) : Allemagne, Norvège, Royaume-Uni, États-Unis, France, Japon, Corée du Sud, Canada, Danemark, Belgique, Pays-Bas et Commission européenne (au nom de l'UE).

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