05/03/2020 - Margot et Anne-Lise de Reforest'Action
Préserver la biodiversité animale de la forêt apparait de plus en plus comme une nécessité. Pourtant, il semble difficile de trouver une solution qui ait des impacts pour toutes les espèces, et non pas seulement pour l’une d’entre elles, au détriment d’une autre. D’autant plus difficile, en réalité, que l’immense majorité des espèces peuplant la Terre nous est inconnue ! Alors que nous recensons 1,7 million d’espèces animales dans le monde entier, les scientifiques estiment entre 3 et 100 millions le nombre d’espèces encore à découvrir. Quelles solutions est-il possible alors de déployer ?

Conserver les écosystèmes forestiers existants
L’urgence est bien de cesser de détruire les écosystèmes et de conserver les forêts existantes, et notamment les forêts tropicales qui sont les premières affectées par la déforestation et qui constituent pourtant les premiers foyers de biodiversité au monde. La seule création de parcs et d’aires naturelles protégées ne suffit en effet pas à résoudre le problème de la destruction des écosystèmes forestiers. L’une des voies possibles est celle de la recherche de mécanismes qui permettraient d’enrayer la perte de biodiversité en s’appuyant sur la dépendance des sociétés humaines au bon fonctionnement des écosystèmes. Ainsi, les paiements pour services écosystémiques (PSE) consistent à offrir une rémunération en contrepartie de l’adoption de pratiques favorables à la préservation des écosystèmes et des services qu’ils rendent aux hommes. Ils reposent sur des contrats qui peuvent impliquer des acteurs privés (propriétaires fonciers, entreprises, associations…) et publics (État, collectivités territoriales…). Il ne s’agit pas d’être dans une logique de « marchandisation » de la nature, mais bien de réorienter les choix de ces acteurs afin qu’ils adoptent des comportements plus vertueux du point de vue environnemental. Les PSE pourraient ainsi constituer une solution d’avenir pour protéger les écosystèmes forestiers dans leur ensemble et la biodiversité animale qu’ils abritent.

Reconstituer les forêts détruites
Dans l’optique de restaurer les habitats naturels des espèces animales forestières et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité, la reforestation est la solution numéro 1. En reboisant des forêts qui ont été détruites – par des aléas naturels ou par la déforestation d’origine anthropique - celle-ci permet de régénérer des écosystèmes entiers et de favoriser le maintien ou le développement de la biodiversité. Stéphane Hallaire, Président-Fondateur de l’entreprise sociale Reforest’Action, qui vise à planter 1 milliard d’arbres et protéger les forêts en France et dans le monde, témoigne ainsi de la nécessité urgente du reboisement. « Depuis des décennies, 15 millions d’hectares de forêts disparaissent tous les ans. Ce sont autant d’habitats qui ne peuvent se régénérer rapidement sans l’intervention de l’Homme, tant leur niveau de dégradation est avancé. La reforestation est aujourd’hui le meilleur moyen de restaurer à court terme ces écosystèmes, que ce soit via la plantation ou la régénération naturelle assistée. » Sur l’île de la Réunion, par exemple, Reforest’Action travaille à enrayer le déclin d’une biodiversité unique au monde aux côtés du projet européen LIFE+ Forêt Sèche, en collaboration avec le Parc national de la Réunion et le Conservatoire du Littoral. En replantant des essences endémiques, le projet de plantation vise à recréer un véritable continuum écologique et à régénérer la forêt sèche réunionnaise, aujourd’hui réduite à l’état de reliques. Le projet, qui a vocation à planter 80 000 arbres d’ici mars 2020, a déjà permis de réintroduire 50 geckos verts de Bourbon sur la parcelle de plantation. Ce cas concret illustre bien le fait que la reforestation reste aujourd’hui la solution la plus globale pour redonner un habitat viable à la biodiversité animale.
Sensibiliser le grand public
En France, des missions d’observation en forêt pour le grand public
La sensibilisation est essentielle pour rapprocher les jeunes générations de la nature. En France, l’Observatoire de la Biodiversité des Forêts (OBF), créé en collaboration avec l’association de protection de la biodiversité Noé, a pour but d’aider l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) à recenser les espèces animales en forêt française. Pour cela, l’organisation a mis en place un système de science participative grâce à l’application Mission forêt avec Noé, qui permet aux familles de découvrir les animaux cachés de la forêt ainsi que les risques qu’ils encourent, afin d’en avoir une meilleure connaissance. « Grâce à une étude réalisée en 2012 sur l’Observatoire de la biodiversité des Jardins, nous avons remarqué que les observations répétées de la nature dans le cadre d’un tel programme, entrainent une évolution des savoirs et des pratiques plus favorables à la biodiversité. » témoignent les chercheurs de l’OBF. « Ainsi, en observant régulièrement la nature, les observateurs augmentent leurs connaissances sur les espèces en question et sont plus attentifs à leur environnement. Ils sont donc plus à même de développer des comportements en faveur de la sauvegarde de ce milieu et des espèces qui le composent. »

Le rêve de Francis Hallé : emmener les PDG du CAC 40 en Amazonie
Francis Hallé aspire quant à lui à plus grand encore. Son rêve est d’emmener les PDG du CAC 40 sur le Radeau des Cimes, le navigable qui lui permet de se poser sur la canopée des forêts tropicales et d’en observer la fourmillante biodiversité. « La canopée tropicale héberge la biodiversité la plus riche de notre planète. Jardins suspendus de plantes épiphytes, nuages de papillons, grands vols d'oiseaux, arbres en fleurs attirant des nuées de pollinisateurs, lianes en fruits couverts de vertébrés disperseurs de graines… L'activité animale augmente nettement la nuit : concert canopéen, nuages de roussettes et de lucioles… C'est difficile à décrire ; vous devriez aller voir », confie-t-il.

Mesurer et réduire son empreinte écologique
S’il n’est pas envisageable ni même souhaitable d’emmener le public en forêt tropicale, il est toutefois essentiel, pour rapprocher les populations de la forêt, de les sensibiliser à l’empreinte écologique de leur quotidien. « Le problème vient de nous et majoritairement de nos modes de vie. », affirme Julien Chapuis. « Il y a beaucoup de sensibilisation à faire dans ce sens-là. L’alimentation est la première solution : il faut que les gens arrivent à faire le lien entre leur assiette, l’environnement et les changements climatiques. » De multiples gestes peuvent être réalisés au quotidien pour participer concrètement à la lutte contre la déforestation : limiter sa consommation de viande et de produits laitiers ; n’acheter que des équipements en bois certifiés FSC ou PEFC ; vérifier que ses aliments ne contiennent pas d’huile de palme… Changer nos habitudes de consommation est la plus simple façon d’agir pour chacun.

Vers la reconnaissance de Droits à la Nature ?
Renforcer l’appareil juridique existant pour la protection de la biodiversité et des forêts
A partir du sommet de la Terre de Rio en 1992, un véritable tournant s’est opéré avec la signature de la convention sur la diversité biologique (CDB). Celle-ci a permis de reconnaître pour la première fois la biodiversité comme étant une « préoccupation commune pour l’ensemble de l’humanité » et une partie intégrante au processus de développement des États. Elle a été depuis renforcée en 2010 par les objectifs d’Aichi, signés à Nagoya par les Etats membres de la CDB, et qui consistent en 20 cibles à atteindre d’ici 2020 afin de ralentir l’érosion de la biodiversité. Les États se sont notamment engagés à lutter contre la dégradation des forêts et la déforestation. L’objectif 5 d’Aichi précise ainsi que le rythme d’appauvrissement de tous les habitats naturels, y compris les forêts, devra être réduit de moitié au moins et si possible ramené à près de zéro d’ici à 2020, et la dégradation et la fragmentation des habitats devront être sensiblement réduites. L’objectif 15 prévoit quant à lui la restauration d’au moins 15% des écosystèmes critiques dégradés, comme les forêts. Certaines organisations environnementales s’inquiètent toutefois de la lenteur de la mise en œuvre des actions visant à atteindre ces objectifs, et, comme Greenpeace, appellent l’Union Européenne à jouer le rôle crucial qui lui incombe dans la lutte contre la déforestation.
Repositionner l’homme comme composant du vivant
Et si la protection de la biodiversité relevait, pour l’homme, d’un véritable devoir éthique ? En 2011, l’organisation Our Planet. Theirs too a rédigé une Déclaration des Droits des Animaux pour repositionner l’homme comme composant du vivant, au même titre que les autres espèces animales, et pour se dresser contre la vision utilitariste et économique de notre planète, de ses formes de vie et de ses ressources.
Reconnaître des droits à la Nature
Et si la protection de la biodiversité ne se conçoit pas sans celle des écosystèmes, il s’agirait peut-être même alors de reconnaître des Droits à la Nature. Thomas Berry, l’un des théoriciens pionniers des Droits de la Nature, estime ainsi que toute entité du Vivant est dotée de trois droits fondamentaux : celui d’exister, de disposer d’un habitat et de jouer son rôle dans les cycles de la communauté de la Terre. Les Droits de la Nature émergent aujourd’hui grâce aux efforts de juristes, d’avocats, de juges et de membres de la société civile à l’aune des défis écologiques qui s’accroissent. Ils constituent un champ juridique nouveau qui reconnaît les écosystèmes et les entités du Vivant comme de véritables sujets de droits. Depuis l’inscription historique des Droits de la Nature dans la constitution équatorienne en 2008, un nombre grandissant de pays reconnaissent les droits d’écosystèmes tels que des forêts ou rivières. En avril 2018, la Cour Suprême colombienne a reconnu l’Amazonie comme sujet de droits, titulaire notamment du droit à la protection et la restauration. La juridiction a alors ordonné au gouvernement colombien de mettre en place dans les mois suivants un plan de lutte contre la déforestation.

La reconnaissance des Droits de la Nature pourrait ainsi bien être synonyme, à terme, synonyme d’une préservation plus efficace des écosystèmes – et de la diversité inestimable du vivant qui les compose.


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