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Déforestation, surexploitation des espèces, réchauffement climatique : ces trois principaux facteurs d’érosion de la biodiversité animale forestière, c’est-à-dire de la multiplicité des espèces animales qui vivent en forêt, reflètent l’impact des activités humaines sur l’environnement qui les entoure.

03/03/2020 - Margot et Anne-Lise de Reforest'Action


Catégorie: 

biodiversité - érosion de la biodiversité - extinction des espèces - déforestation - vivant

Déforestation, surexploitation des espèces, réchauffement climatique :  ces trois principaux facteurs d’érosion de la biodiversité animale forestière, c’est-à-dire de la multiplicité des espèces animales qui vivent en forêt, reflètent l’impact des activités humaines sur l’environnement qui les entoure.

Forêts tropicales : premières victimes de la déforestation

La déforestation, cause directe de la disparition de 58% des espèces vertébrées

Les menaces qui pèsent sur la forêt, foyer de peuplement de 80% de la biodiversité animale terrestre, affectent également les animaux qui l’habitent ; la déforestation est en effet synonyme de destruction de leur habitat naturel. Entre 1970 et 2012, 58% des populations de vertébrés ont disparu de la surface du globe à cause de la déforestation. D’après l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), la déforestation constitue ainsi la menace la plus importante pour 85% des espèces menacées ou en voie de disparition. Entre 1999 et 2015, 53% des orangs-outans ont par exemple disparu de l’île de Bornéo à cause de la déforestation, qui les prive de leur habitat naturel et de toutes les ressources vitales qu’il procure.

Surexploitation de la ressource bois et intensification agricole : une catastrophe pour les forêts

Les forêts tropicales sont les plus touchées par la déforestation. En effet, les trois plus grandes forêts du monde, les forêts d’Amazonie, d’Indonésie et du Bassin du Congo, représentent d’immenses réservoirs de la ressource bois, exploitée pour produire de la pâte à papier, du bois de construction ou de chauffage, mais également de vastes espaces à convertir en cultures vivrières et en pâturages.

La forêt amazonienne, qui perd plus de 4 millions d’arbres par an, est victime de cette déforestation de grande ampleur. Le Paraguay, par exemple, a transformé 71% de ses forêts en cultures en 10 ans. Pour le Brésil, deuxième exportateur et producteur mondial de viande bovine et de soja, la déforestation a abouti à la conversion de 23% de ses écosystèmes forestiers en cultures de soja et de palmiers à huile, ou encore en complexes d’élevage de bovins. « En Amérique centrale, l’élevage laisse des traces visibles d’année en année. On voit des parcelles défrichées et brûlées devenues des prairies dédiées au pâturage du bétail », témoigne Julien Chapuis, biologiste-éthologue, qui connait bien la région pour l’avoir parcourue à la recherche d’une espèce de primate en voie de disparition. « Et le plus souvent, ce bétail n’est même pas consommé par les populations locales qui l’élèvent. Il est exporté vers les grosses villes du pays, comme Panama-City, et peut même aller jusqu’en Europe. Donc nous, occidentaux, avons un impact environnemental jusque là-bas. »

Dans 70 ans, la disparition totale des forêts tropicales ?

Francis Hallé, botaniste spécialiste des forêts tropicales, est également témoin de la quantité et de la rapidité de la déforestation. Il ne cesse d’alarmer ses contemporains sur cette destruction irrémédiable. « La forêt disparaît lorsque l'exploitation atteint des dimensions industrielles et commerciales : c'est cela, la surexploitation », indique-t-il. Si nous poursuivons au rythme actuel, les forêts tropicales auront disparu dans 50 à 70 ans. Car la déforestation, lorsqu’elle ne détruit pas les massifs forestiers dans leur entier, les fragilise néanmoins, les rendant alors plus vulnérables aux aléas biotiques (insectes ravageurs, champignons pathogènes) et abiotiques (tempêtes, sécheresses), dont l’impact est destructeur pour la biodiversité.

Asie de l’Est : l’exploitation animale, un commerce destructeur

La surexploitation des espèces animales forestières fait aussi des ravages : en Asie de l’Est, le commerce illégal de tigres est un véritable business, qui contribue à la disparition progressive des tigres des forêts tropicales. Qu’ils soient domestiqués ou tués pour fabriquer des tapis ou des médicaments traditionnels à partir de leurs ossements, les tigres sont largement exploités. Il n’en existe aujourd’hui plus aucun à l’état sauvage au Laos et au Vietnam, et moins de 3900 dans le monde entier, contre le double en captivité, ce qui représente moins de 7% de leur nombre historique. 

Avec la mode de la commercialisation d’animaux sauvages lancée sur les réseaux sociaux, le trafic d’espèces sauvages, torturées pour être domestiquées, a encore augmenté. Partout dans le monde, lions, léopards, serpents, perroquets exotiques, singes, tigres et même crocodiles sont capturés, revendus puis domestiqués pour quelques milliers de dollars. En plus de les arracher à leur habitat naturel, de leur infliger de douloureux traitements pour les transporter jusque chez eux, de les enfermer dans une maison et de les séparer de leur communauté, les propriétaires ne connaissent souvent pas le régime alimentaire exact de ces animaux, qui se retrouvent sous-alimentés ou obèses. Ce phénomène entraîne souvent une mort prématurée de l’animal, qui accélère la disparition de certaines espèces. L’exploitation des loris paresseux, originaires des forêts du Vietnam, du Laos ou encore du Cambodge, témoigne ainsi de cet asservissement : suite à de nombreuses vidéos mettant en scène ces primates, qualifiés de « mignons » et « adorables » par le milieu du commerce d’animaux, la demande a explosé, notamment au Japon. Mais pour prévenir les futurs propriétaires des morsures venimeuses de l’animal, les trafiquants de loris leur coupent ou arrachent les dents sans anesthésie, puis les parquent dans des boîtes dans lesquelles ils sont transportés jusqu’au lieu de vente. Le taux de mortalité varie de 30 à 90% durant ces voyages. Enfin, arrivés à bon port, ces animaux nocturnes se voient obligés de transformer leur mode de vie pour répondre aux demandes de leurs maîtres. Les loris paresseux sont aujourd’hui gravement menacés d’extinction.

Europe et Océanie : l’impact du réchauffement climatique sur la survie des animaux

Les changements climatiques impactent directement les écosystèmes forestiers et la biodiversité animale qu’ils abritent. Certaines espèces d’oiseaux ont ainsi modifié leur comportement pour tenter de s’adapter. Aux Pays-Bas, par exemple, le Gobemouche noir, petit passereau sylvestre, a avancé sa date de ponte de 10 jours en 20 ans pour coïncider avec l’activité plus précoce des végétaux et le pic d’abondance des insectes dans les forêts qu’il habite - deux événements dont l’occurrence a été avancée par le réchauffement des températures. Néanmoins, l’espèce n’a pas adapté sa date d’arrivée sur les sites de ponte ; sa fenêtre de reproduction est par conséquent réduite et une partie de la population niche trop tard pour profiter du pic d’abondance des insectes, ce qui induit des difficultés pour nourrir les jeunes oisillons. Le Phalanger Lémurien blanc, marsupial endémique de certaines forêts tropicales australiennes, ne peut quant à lui survivre plus de quelques heures à des températures excédant les 30°C. En 2005, un épisode caniculaire survenu dans ces régions a été fatal pour la quasi-totalité de la population. Les scientifiques ont même déclaré l’espèce éteinte, avant qu’une poignée d’individus ne soit aperçue à nouveau dix ans plus tard. L’augmentation des températures à la surface du globe laisse toutefois craindre que de nouveaux pics de chaleur soient définitivement mortels pour cette espèce.  

Face à ces différents facteurs d’érosion de la biodiversité animale de la forêt, il est urgent d’affirmer l’importance de la diversité du vivant pour sauvegarder les écosystèmes forestiers et les espèces qui les composent.

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