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Depuis 2007, le projet de la Grande Muraille Verte, conduit par l’Union africaine, vise à lutter contre l’avancée du désert en restaurant des écosystèmes naturels au sein d’une bande large de 15 km et longue de 7800 km, qui traverse onze pays du Sahel. Conçu à l’origine comme une barrière végétale pour retenir le désert, le projet adopte aujourd’hui une approche plus large de gestion durable et de restauration de ces écosystèmes arides. Quinze ans après son impulsion, comment évolue la Grande Muraille Verte ? Quels sont ses enjeux et ses perspectives d’avenir ? Découvrez le projet à travers cinq questions.

07/01/2021 - Anne-Lise de Reforest'Action


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Restauration des écosystèmes - Grande Muraille Verte - désertification

Depuis 2007, le projet de la Grande Muraille Verte, conduit par l’Union africaine, vise à lutter contre l’avancée du désert en restaurant des écosystèmes naturels au sein d’une bande large de 15 km et longue de 7 800 km, qui traverse onze pays du Sahel. Conçu à l’origine comme une barrière végétale pour retenir le désert, le projet adopte aujourd’hui une approche plus large de gestion durable et de restauration de ces écosystèmes arides. Quinze ans après son impulsion, comment évolue la Grande Muraille Verte ? Quels sont ses enjeux et ses perspectives d’avenir ? Découvrez le projet à travers cinq questions.

Quels sont les enjeux à l’origine du projet de la Grande Muraille Verte ?

Une déforestation massive à l’échelle du continent

Sur le continent africain, et particulièrement en Afrique centrale, la déforestation est très importante et ne faiblit pas, comme l’indique le rapport de l’ONU et de la FAO sur la situation des forêts dans le monde, publié en mai 2020. Cette région est composée de six pays riches en forêts tropicales humides - notamment au niveau du bassin du Congo - sur lesquelles la pression des activités humaines continue à s’exercer au détriment de leur couvert forestier. La zone du Sahel, où se situe la Grande Muraille verte, est constituée de steppes et de savanes arborées, elles aussi touchées par la déforestation, principalement due au surpâturage.

Un changement climatique accentué à l’échelle locale

Le Sahel est considéré comme l’une des zones les plus vulnérables de la planète. Il s’agit d’un ensemble d’écosystèmes qui marquent la transition entre le désert du Sahara au nord et la zone soudanienne au sud. Largement voués au pastoralisme (élevage extensif), ils présentent une forte fragilité en raison de la pression des activités humaines et de l’instabilité hydrique et climatique de la zone. Le projet de la Grande Muraille Verte s’ancre au sein d’une bande sahélienne identifiée comme étant l’un des points chauds du changement climatique. Avec des prédictions d’augmentation de la température de 3 à 6°C d’ici 2100, les conséquences attendues y sont particulièrement alarmantes. Le changement climatique pourrait ainsi conduire, dans cette zone, à un climat encore plus extrême, aux sécheresses plus sévères et aux précipitations plus intenses mais moins fréquentes.

Pourquoi planter des arbres au Sahel ?

Pilotée par l’Union africaine et l'Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte installée à Nouakchott en Mauritanie, la Grande Muraille Verte est conduite sur le terrain par des agences locales et comprend également un éventail de parties prenantes, parmi lesquelles les gouvernements nationaux des États membres, des ONG et des partenaires internationaux tels que la Banque mondiale, l’Union Européenne, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) ou encore la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. 

Lutter contre la désertification

L’intention première de la Grande Muraille Verte est de créer une ceinture d’arbres qui traverse onze pays du Sahel, du Sénégal à Djibouti en passant par la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigéria, le Tchad, le Soudan, l’Érythrée et l’Éthiopie. L’objectif ? Contrer les effets néfastes de la désertification, bloquer l’avancée du désert du Sahara, et lutter contre les crises socio-écologiques à répétition, causées notamment par les sécheresses et leur impact sur les récoltes. Au-delà de la seule plantation d’arbres, l’intention est bien de lutter contre les impacts sociaux, économiques et environnementaux de la désertification. Dès son origine, le projet s’appuie ainsi sur la mise en place de dispositifs qui incluent les populations locales, comme le choix d’essences d’arbres dont les bénéfices écologiques et économiques profiteront directement aux villageois de la région.

Préserver et restaurer la biodiversité

Grâce à son ambition en termes de superficie, la Grande Muraille Verte a également un rôle à jouer dans la préservation de la biodiversité à l’échelle du continent africain. A l’échelle locale, les populations du Sahel sont fortement dépendantes de la biodiversité de la flore pour se fournir en services écosystémiques. La diversité des essences d’arbres leur permet notamment de répondre à leurs besoins quotidiens en alimentation, santé et production de bois. En ce sens, la Grande Muraille Verte implique des opérations de reforestation exclusivement fondées sur des essences indigènes, choisies pour leur usage traditionnel par les populations locales et leur adaptation aux écosystèmes concernés. Afin d’améliorer le taux de survie des arbres plantés, l’attention est prêtée à différents facteurs tels que l’âge des plants au moment de la transplantation, l’origine des graines, les conditions de transplantation et de protection du jeune plant (paillage, ajout de matière organique…)

Adapter les territoires aux mutations socio-écologiques

A l’origine conçue comme une plantation massive d’arbres traversant d’ouest en est le continent africain, la Grande Muraille Verte a évolué vers un ensemble de projets de restauration des écosystèmes ayant pour objectif le bien-être environnemental et humain. Elle prend aujourd’hui la forme d’actions diverses conduites à l’échelle des écosystèmes sahéliens : clôture de parcelles pour permettre la régénération naturelle des arbres et la protection contre le surpâturage, installation de jardins communautaires gérés par les femmes, projets de réserve animalière, développement de l’apiculture… La reforestation reste toutefois au cœur du projet. Les différentes actions menées visent ainsi à trouver un équilibre entre la protection et l’exploitation durable des ressources végétales, et à améliorer les conditions de vie de millions de personnes exposées à une insécurité alimentaire chronique.

Quinze ans après son impulsion, quel est le premier bilan du projet ?

Le premier rapport d’évaluation, commandé par la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification et dévoilé en septembre 2020, acte d’un bilan plutôt modeste :  seulement 4 millions d’hectares ont été aménagés sur les 100 millions visés d’ici à 2030. En cause : la montée des conflits et de l’insécurité dans le Sahel, qui ferme de vastes territoires à toute intervention ; l’inconstant soutien des financeurs du projet ; l’absence de portage politique de haut niveau ; le manque de moyens humains et financiers des ministères de l’environnement des États concernés pour assurer la plantation et la croissance des arbres, et pour former les communautés locales à des techniques de pastoralisme plus respectueuses de l’environnement. Autant d’axes d’amélioration qui pourront être poursuivis, au cours des prochaines années, afin de donner toutes les chances à la Grande Muraille Verte de tenir ses promesses en termes de création d’emplois à l’échelle locale, d’adaptation au changement climatique et de sécurité alimentaire.

Pourquoi la Grande Muraille Verte est-elle plus que jamais d’actualité ?

Dans un contexte où la reforestation à grande échelle est un enjeu planétaire, comme l’indique le Défi de Bonn qui vise à restaurer 350 millions d’hectares de terres déboisées d’ici 2030, le projet de la Grande Muraille Verte est plus que jamais essentiel. En tant qu’action clé du projet, la reforestation répond aussi aux Objectifs de Développement Durable formulés par l’ONU, et notamment à l’objectif n°15 qui consiste à « préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des sols et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité ». Parent pauvre des politiques climatiques, la restauration des écosystèmes naturels ne recueille à ce jour que 1% des financements dédiés à la lutte contre le réchauffement planétaire. La Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes qui s’est ouverte en 2021 devrait contribuer à orienter davantage de fonds au profit des projets internationaux de restauration – et peut-être, en plus, au profit de la Grande Muraille Verte.

Au-delà de la Grande Muraille Verte, y a-t-il d’autres initiatives de reforestation en Afrique ?

Surnommée « mama miti », Mère des Arbres en swahili, Wangari Maathai est la première à avoir fait d’une campagne de reboisement une grande cause panafricaine. Fondatrice du Green Belt Movement en 1977, son initiative a permis de planter 40 millions d’arbres à travers tout le continent africain, et se poursuit encore aujourd’hui. L'African Forest Landscape Restoration Initiative (AFR100), impulsée par plusieurs nations africaines lors de la COP21 en 2015 et approuvée par l’Union africaine, vise à restaurer 100 millions d'hectares de paysages déboisés et dégradés en Afrique d'ici 2030. L'initiative met aujourd’hui en lien les 28 pays membres avec des partenaires financiers et techniques afin d'intensifier la restauration des écosystèmes et d'en tirer des avantages pour la sécurité alimentaire, la résistance au changement climatique et la réduction de la pauvreté. En soutenant des projets de reforestation dans dix pays d’Afrique, Reforest’Action apporte également sa pierre à l’édifice. L’objectif : développer l'agroforesterie ou restaurer des zones touchées par la déforestation, en intégrant pleinement les communautés locales, à travers tout le continent.

La reforestation en Afrique s’avère plus que jamais nécessaire pour contribuer aux mesures mondiales de lutte contre le changement climatique et contre l’érosion de la biodiversité à l’échelle planétaire. La conclusion du rapport sur la biodiversité de l’ONU le confirme : « Au moment où les nations évaluent les moyens possibles de se remettre de la pandémie de COVID-19, une occasion unique se présente d’amorcer les changements transformateurs nécessaires à la réalisation de la Vision 2050 de vivre en harmonie avec la nature. De telles mesures mettraient la biodiversité sur la voie du rétablissement, réduiraient le risque de futures pandémies et offriraient un grand nombre d’avantages supplémentaires aux populations. »

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